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Le vieux gréément entreprend son grand voyage,
Propulsé par le vent, il vogue, majestueux !
Fier vaisseau, témoin des violents abordages
D'insatiables et cupides corsaires présomptueux.
Le fastueux trois-mâts aux manœuvres élégantes
Quitte son port d'attache, assoiffé de conquêtes,
Destination Macapà, aux confins de l'Amazone
Où subsiste la mémoire ancestrale de peuples légendaires.
Fendant les flots, sous l'œil curieux des autochtones,
Il évolue, énigmatique, inaccessible et solitaire.
Ayant accompli la traversée de l'immensité océane,
Le voici aux abords de ce pays primitif et magnifique,
Remontant le cours du fleuve farouche, principal organe
D'une jungle émeraude aux trésors botaniques,
Frontière liquide de deux territoires en délicate symbiose
A la sauvage beauté, aux rives verdoyantes et denses.
L'odyssée transporte l'équipage vers le destin grandiose
Des indiens Maracas, civilisation perdue, à l'évidence.
L'ombre de Raymond Maufrais plane en ce lieu épais ;
Explorateur disparu à la recherche de son eldorado,
Dans l'impénétrable luxuriance englouti à jamais
Où d'étranges oiseaux rares psalmodient crescendo.
Dans ce saisissant univers mystérieux et envoûtant,
Les gabiers, empoignés par cette fascinante atmosphère,
Observent en silence, immobiles, le cœur battant,
Les lianes s'entrelacer de leurs branchures princières.
Sous la voûte de cette forêt tropicale ombrophile,
Subsiste la souvenance de ces peuples indomptables,
Détenteurs du secret végétal de ces terres fertiles
Savant maîtres-guérisseurs de cet univers implacable.
Le bâtiment poursuit son trajet sur les sombres méandres ;
Dans ce réservoir naturel de millions d'espèces il navigue,
Doublant les silhouettes menacées du palissandre
Et de l'acajou : essences objet d'obscures intrigues.
Le navire cabote, auréolé de son insigne splendeur,
Semant dans son sillage un milieu crucial pour l'avenir,
Il s'en va sur d'autres horizons être l'ambassadeur
En ces lieux où l'enfer vert conserve le souvenir.
Papillon, Dreyfus, Sezneck, ces pitoyables captifs,
Oubliés et reclus dans les entrailles moites du bagne
Sur les Iles du Salut. Vestiges du châtiment collectif,
Patrimoine historique au goût amer et indigne.
Certains, condamnés à une réclusion pire que le crime,
Et dont l'écho des souffrances hantent les murailles
Toutes recouvertes de graphitis des infortunées victimes,
Où les cris lancinants d'oiseaux percent la silencieuse pierraille.
Les barreaux se dissolvent sous les racines géantes
Et ces remparts ne sont plus l'infranchissable obstacle
Qui sépare monde des vivants et mort dégradante,
Anciennement témoins de cet intolérable spectacle.
Le galion appareille pour rejoindre son ultime destination :
Celle où il fût, cent ans auparavant, Saint-Pierre.
8 Mai 1902, advint en ce lieu la terrifiante éruption
de la Montagne Pelée crachant sa vindicte meurtrière.
Unique rescapé d'une flotte pulvérisée dans un océan de feu,
Il jette l'ancre dans la baie face à la montagne assoupie.
Les voiles renflées sous la brise allègre de l'archipel camaïeu
Célèbrent le bouleversant souvenir du village englouti.
D. C. -Terre Indigo
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